5 erreurs que font les hommes au sujet de leur santé
Taire leur détresse psychologique, fuir le cabinet du médecin, négliger leur alimentation… Voici 5erreurs que les hommes commettent en matière de santé!
«Il y a des fibromyalgiques de partout au Québec qui n’hésiteraient pas à prendre l’avion demain matin pour le rencontrer s’il avait une place pour eux», note son collègue de l’Université de Sherbrooke, le neurophysiologiste Serge Marchand.

La vie de Suzanne Morin bascule, le 30 novembre 1984, quand sa voiture capote sur une route de l’Abitibi et qu’elle se retrouve coincée entre le volant et le toit enfoncé. Deux vertèbres sont touchées, lui laissant des séquelles: douleurs chroniques au dos et au cou, migraines et céphalées persistantes.
Pendant 15 ans, elle passe d’un médecin à l’autre, sans résultat, jusqu’à ce qu’un diagnostic tombe: fibromyalgie. On lui explique de quoi elle souffre, sans rien lui trouver qui la soulage.
En 2000, au bord du désespoir, elle décide de consulter un médecin dont elle a entendu parler à l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue: le Dr Pierre Arsenault. «Il m’a sauvé la vie, dit cette mère de trois enfants. Je n’en pouvais plus de souffrir. J’étais prête à me suicider.»
La communauté médicale est alors peu familière avec la fibromyalgie, un mal qui touche 3,3 pour 100 de la population canadienne, dont une majorité de femmes, et qui se caractérise par des douleurs diffuses et difficiles à détecter. Les personnes atteintes souffrent de troubles du sommeil et sont souvent incapables de mener une vie professionnelle.
Le Dr Pierre Arsenault a consacré les 12 dernières années de sa pratique au traitement de la douleur, et en particulier à la fibromyalgie. Des témoignages comme celui de Suzanne Morin, le médecin de 48 ans en a entendu souvent. «Tant mieux si j’ai pu aider des gens», dit avec humilité ce professeur associé de la Faculté de médecine de l’Université de Sherbrooke, qui, en plus d’enseigner et de poursuivre ses recherches, pratique dans sa clinique à Windsor, en Estrie, et, une fois par mois, au Centre hospitalier La Sarre, en Abitibi.
Ce clinicien atypique, qui allie la médecine moderne aux médecines douces (diplômé en homéopathie, il suit aussi des formations en ostéopathie et en naturopathie), croit que «le temps passé avec le patient est aussi important que la prescription», surtout quand on a affaire à des fibromyalgiques. «La douleur a une composante psychosomatique parce qu’elle est modulée par les émotions, dit-il. Moi, je sais que leur souffrance n’est pas imaginaire, qu’ils la ressentent vraiment. Et j’ai envie de les aider.»
«On m’avait toujours prise pour une folle, précise Suzanne Morin. Devant lui, j’avais enfin l’impression d’être comprise.»
Le Dr Arsenault comprend bien les gens qui souffrent: la douleur a été son lot quotidien pendant des années à cause d’innombrables luxations de l’épaule, subies lors de matchs de hockey, et d’une hernie cervicale si sensible qu’il a dû dormir plusieurs semaines à genoux sur le sol.
Originaire de Verdun, dans l’ouest de Montréal, cet homme aux yeux verts et à la stature d’athlète est le cinquième d’une famille de huit enfants. De son père, commis d’entrepôt chez General Motors (GM), il a hérité d’une énergie démesurée. «J’ai toujours beaucoup travaillé», concède-t-il. A neuf ans, il tient la caisse dans un dépanneur de Brossard, une «jobine» qu’il conservera jusqu’à l’âge de 18 ans. Pendant ses études, il est commis chez GM, comme son père.
Lorsqu’il termine son doctorat en biologie cellulaire, en 1988, une belle carrière de chercheur s’offrirait à lui si, presque par accident, il ne découvrait pas le contact avec les patients. Des malades de l’aile clinique voisine viennent le «consulter» à son laboratoire. «Mes premiers contacts avec les malades ont été déterminants, raconte-t-il. J’ai eu envie d’aider directement les gens.»
Accepté dans trois facultés de médecine, on lui propose aussi, en 1988, une bourse pour faire de la recherche à l’université Harvard. Il refuse tout.
«J’ai choisi la médecine et je ne l’ai jamais regretté», dit-il, le sourire aux lèvres. Le chercheur en lui n’est pas mort pour autant: il tente sans cesse d’améliorer les traitements offerts aux malades.
En 1992, le Dr Arsenault part s’installer à La Sarre avec sa femme, Monique Zakrwski. Pourquoi l’Abitibi? «Parce que c’est la seule région du Québec où je n’avais jamais mis les pieds.» Et parce qu’il juge important de consacrer quelques années de pratique là où les besoins sont les plus criants. Il y restera 10 ans, et c’est là que naîtront les trois enfants du couple: Marianne, Philippe et Isabelle.
Encore aujourd’hui, il se rend chaque mois en Abitibi, où il lui arrive de soigner plus de 35 patients par nuit. Sachant qu’ils pourront le trouver à l’urgence, certains s’y présentent en pleine nuit, sans rendez-vous. «Il y a des fibromyalgiques de partout au Québec qui n’hésiteraient pas à prendre l’avion demain matin pour le rencontrer s’il avait une place pour eux», note son collègue de l’Université de Sherbrooke, le neurophysiologiste Serge Marchand.
Entre sa clinique et ses recherches, le Dr Arsenault a pris le temps, en août dernier, d’aller pratiquer la médecine humanitaire au Guatemala. Sa femme et ses enfants étaient du voyage. Moment de retrouvailles d’autant plus précieux que Monique a dû apprendre à vivre avec les «absences» de son mari. «Pierre est un homme entier, dit-elle. S’il était plombier ou boulanger, il se donnerait de la même façon à son travail: corps et âme.»
Monique et Pierre se sont rencontrés dans une assemblée religieuse en 1983. Elle est étudiante au cégep, et lui à l’université. Vingt-cinq ans plus tard, elle continue d’admirer sa compassion, ses qualités d’écoute. Et toute la famille fréquente une église de Sherbrooke, le dimanche. Il croit en Dieu… et aussi en l’humain: c’est ce qui l’a amené à vouloir sortir de leur isolement les gens qui souffrent. «On a longtemps relégué les patients fibromyalgiques en psychiatrie, pensant qu’ils étaient hypocondriaques ou dépressifs, dit-il. Moi-même, quand j’ai fait mon cours de médecine, je n’en avais jamais entendu parler.»
Le drame des fibromyalgiques vient du fait que leur problème n’apparaît pas sur une radiographie, sur un encéphalogramme ou dans une prise de sang. C’est un mal invisible qui, en plus, ne se guérit pas. On ne peut qu’en atténuer les souffrances
«En médecine, on parle de maladie quand il y a des preuves vérifiables, ajoute le Dr Arsenault. Résultat: de nombreux médecins sont incapables de la diagnostiquer. Mais je suis convaincu qu’un jour on trouvera ce qui ne va pas.»
«On a des projets ensemble pour les 100 prochaines années», lance son collègue Serge Marchand. Lorsque les deux hommes se rencontrent en Abitibi, en 1996, le Dr Marchand ne connaît presque rien à la fibromyalgie. Leurs travaux les amènent à signer, en 2002, un article qui fait date dans la revue Pain et qui décrit un lien entre fibromyalgie et système nerveux central.
Le Dr Arsenault vient de s’offrir un cadeau improbable pour un médecin habitué aux urgences: une rutilante Kawasaki 850 cc. «Une balade en moto sur une route de campagne, c’est la liberté et l’évasion», résume-t-il.
Pour Karine Labbé, fille de Suzanne Morin, il demeure l’homme qui a sauvé la vie de sa mère, dont personne ne comprenait la souffrance et avec qui elle avait coupé les ponts. «Aujourd’hui, dit-elle, je comprends mieux sa maladie, et cela, nous le devons en partie au Dr Arsenault.»
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