Sur la ligne de feu: Montréal

A Montréal, les pompiers se servent d’un simulateur d’incendie pour faire de la prévention auprès des enfants.

par Amélie Tendland

Eduquer, c’est sauver

Contrairement à certains de ses petits camarades de maternelle à l’école Iona, Robert ne s’exclame pas «Trop cool!» en sortant du simulateur du Service de sécurité incendie de Montréal. Il est plutôt quelque peu ébranlé. «Moi, j’ai déjà vu un pompier dans ma maison parce qu’il n’y avait plus d’eau ni de lumière, se souvient-il. Tout le monde était dehors. J’ai eu très peur.»

Un par un, les enfants descendent par une échelle du 2e étage d’une roulotte convertie en simulateur d’incendie. Ils viennent de traverser à quatre pattes une pièce remplie de fumée après avoir participé à une séance d’information au rez-de-chaussée.

«Que fait-on lorsqu’on trouve des allumettes? leur a demandé le pompier-éducateur Michel Desjardins. Et quand l’avertisseur de fumée sonne?»

Il leur a aussi expliqué comment déceler de la paume de la main le feu derrière une porte, puis leur a fait découvrir les mille dangers de la cuisine.

«Peut-on retirer une rôtie coincée dans le grille-pain avec un couteau?»

En chœur, les enfants ont poussé un grand «Non!»

S’exercer à un plan d’évacuation, refroidir une brûlure 10 minutes à l’eau froide, protéger son visage, rouler sur le sol si les vêtements s’enflamment… Michel Desjardins leur montre concrètement quoi faire en cas de danger.

«J’essaie de les faire rire, de les faire participer et, surtout, d’être logique avec eux, dit-il. A un enfant, il faut expliquer le pourquoi.»

La section de l’éducation du public du Service de sécurité incendie de Montréal a acheté, puis recyclé cette vieille roulotte il y a une dizaine d’années. Plus de 8000 enfants, âgés de 3 à 8 ans, la visitent chaque année, que ce soit à l’école, dans les CPE, dans les camps de jour ou lors des fêtes de quartier.

Si, au Québec, d’autres services des incendies utilisent une roulotte transformée en simulateur, celle des pompiers de Montréal n’en demeure pas moins unique. «Elle est la seule à posséder une pièce dotée d’une machine à fumée que les enfants traversent à quatre pattes», explique Nathalie Ménard, lieutenant à la section de l’éducation du public.

«Plus que de la prévention, nous faisons un travail d’éducation», insiste Michel Desjardins. Bon an, mal an, 67 pour 100 des causes d’incendies sur le territoire montréalais sont liées aux comportements humains.

«C’est ce qui est le plus difficile à changer, explique Nathalie Ménard. Certains nous disent qu’ils font le même geste depuis 25 ou 30 ans, et qu’il ne leur est jamais rien arrivé.»

Ce sont souvent les enfants qui, à la suite de leur visite du simulateur, vont inciter leurs parents à adopter le bon comportement. «Ils sont en quelque sorte nos porte-parole», conclut Nathalie Ménard.

La prévention auprès des enfants est vraiment efficace, souligne Monique Brayotel, l’enseignante de Robert et de ses camarades: «C’est fondamental. Les enfants voient souvent ce que les adultes ne voient pas. Ils savent avertir du danger. On peut compter sur eux plus qu’on ne le pense.»


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