Sélection du Reader’s Digest – au tarif réduit de 51 % !

Pièce à conviction

Faute de piste, la disparition de Michel Dugas avait été reléguée au rayon des affaires non classées…

Par Marc-André Sabourin Illustrations: Catherine Gauthier

Daniel Dugas jette un coup d’œil à sa montre, puis appuie sur l’accélérateur. Il n’a que quelques minutes pour se rendre chez Serge Beausoleil* avant de retourner au travail. Le message que lui a laissé son copain l’intrigue: «Passe me voir dès que tu peux; c’est urgent.»

Il gare sa voiture devant la petite maison de Matane où vit Serge. Dans l’entrée, sous le chaud soleil de ce matin de septembre 2007, celui-ci s’affaire à nettoyer un vieux matelas. A côté, un seau rempli d’un liquide rougeâtre attire l’attention de Daniel.

«C’est du sang? demande-t-il, perplexe.

—Plus je frotte, plus il en sort», répond Serge.

Il fixe son ami, puis ajoute, d’une voix grave:

«C’est l’ancien matelas de Michel, ton frère.»

Michel, dont plus personne n’a de nouvelles depuis huit ans!

Daniel Dugas appelle aussitôt la police.


Le 17 juin 1999, les pichets de bière se succèdent à la table de Michel Dugas. C’est jeudi, jour de paie, et le vendeur de voitures, un gaillard de 50 ans au visage barré d’une moustache, arrose une prime particulièrement généreuse avec ses collègues, quelques amis et sa conjointe, Marie-Jeanne Gendron, dans un restaurant du centre de Matane. Les blagues et les rires fusent, les verres ne désemplissent pas. Seule Marie-Jeanne semble d’humeur morose. Michel enfile les bières trop rapidement à son goût. Il a recommencé à boire depuis peu, après une dizaine d’années d’abstinence. Au bout d’un moment, Marie-Jeanne décide de rentrer à la maison et de le laisser poursuivre ses libations avec ses copains dans une brasserie tout près.

Dans le bar bondé, le 5 à 7 se prolonge jusqu’à tard dans la nuit. Michel y croise d’autres amis, et son frère, Daniel. Les deux hommes, qui se voient souvent, échangent à peine quelques mots. «Je ne l’ai même pas salué quand je suis parti, se souvient Daniel. Si j’avais su...»

Il est à peine 6 heures du matin lorsque le téléphone sonne chez Daniel le surlendemain. «Michel a disparu! crie Marie-Jeanne, au bord de l’hystérie. La police a retrouvé sa voiture dans la rivière!»

Sa belle-sœur n’habite qu’à quelques kilomètres de chez lui. De sombres pensées tournent dans la tête de Daniel tandis qu’il fonce sur la 195 qui longe la rivière Matane. Celle-là même où flotte peut-être le corps de son frère…

La voiture de Michel, une Chrysler Concorde blanche, gît dans une vingtaine de centimètres d’eau, à environ 600 mètres de sa résidence. La portière côté conducteur est ouverte, les phares sont allumés, et le levier de vitesse est en position «Drive». A l’intérieur, les policiers n’ont trouvé que le portefeuille et la prothèse dentaire de Michel.

Marie-Jeanne raconte à Daniel ce qu’elle a déjà dit aux policiers venus la réveiller au petit matin. La veille, Michel est parti dans la région d’Amqui un peu avant midi pour se remettre de sa «brosse». Il n’a pas donné signe de vie depuis.

La Sûreté du Québec traite d’abord l’affaire comme un accident de la route, dû à une conduite en état d’ébriété. Des plongeurs fouillent la rivière; des agents la descendent en canot. Après deux semaines de vaines recherches, la disparition est confirmée, et l’escouade des crimes majeurs de la SQ appelée en renfort.

Du haut des airs, le sergent-enquêteur Alain Bernier observe Marie-Jeanne Gendron, debout dans son jardin, qui regarde l’hélicoptère de la Sûreté du Québec bourdonner autour de sa résidence. En ce 28 juillet 1999, policiers, famille, amis et bénévoles se sont mobilisés pour effectuer une grande battue dans les environs.

Le comportement de la conjointe du disparu intrigue Alain Bernier. Elle a piqué une crise lorsqu’un agent lui a proposé de fouiller la maison à la recherche d’une note où d’un indice. «Si vous pensez que je l’ai dépecé, vous n’avez qu’à prendre un échantillon», a-t-elle hurlé en brandissant un sac de viande sorti du congélateur.

A peine une semaine après la disparition, elle a brûlé les vêtements de Michel et donné son sac de golf.

«Je suis sûre qu’il est parti avec une autre femme», s’est-elle contentée de dire.

Une hypothèse que rejette Daniel: si son frère avait rencontré une autre fille, il ne se cacherait pas. Comme ses deux autres frangins, Daniel prend part à la battue. En débouchant de la forêt pour entrer sur le terrain de Michel, un détail le frappe: le vieux puits n’est pas couvert. Le panneau de bois a disparu depuis la dernière fois qu’il est venu.


1 de 3 Suivant


Publié dans : Magazine
Moyenne : 3.9 (12 votes)
  • slide0
  • slide1
  • slide2

Envoyer un commentaire

  • Digg
  • Delicious
  • Heart
  • Mail
  • Print
Type the characters you see in this picture. (Vérifier en utilisant l'audio)
Saisissez les caractères que vous voyez dans l'image ci-dessus. Si vous ne pouvez pas les lire, enregistrez le formulaire et une nouvelle image sera générée. Non sensible à la casse.

Magazine Sélection

Articles récents