Louise Lantin: incapable d’indifférence

Toute ma carrière, j’ai enseigné au primaire, en milieu défavorisé. J’étais partisane de la drill (exercices répétés), du travail individuel (en opposition au travail d’équipe), de la compétition (source de motivation) et de la notation numérique. Mais, au fil des ans, la réforme aidant, j’ai de moins en moins enseigné et de plus en plus joué à la travailleuse sociale, à l’infirmière, à la psychologue, à l’orthopédagogue, à la police… Un jour, j’ai voulu changer de milieu et je me suis retrouvée dans une école «normale» (non défavorisée). Ma réputation me précédant, on m’a confié le groupe d’élèves de 3e année le plus problématique! A sa première dictée, je constate qu’un des enfants ne sait ni lire ni écrire. Banane était devenu bnoae; chien, sniqr; pain, pgnt… Tout le monde s’en lavait les mains. Plutôt que de jouer l’indifférente et de me contenter d’encaisser ma paie, j’ai emprunté du matériel didactique à des collègues de 1re année et j’ai conçu des devoirs et des leçons «sur mesure» pour mon p’tit bonhomme… Le fait de prendre ainsi à cœur la réussite de mes élèves, malgré les aberrations du système, m’a probablement poussée au-delà de mes limites.


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