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Les anges gardiens

Basées à l’hôpital Sainte-Justine, ces infirmières volent au secours des tout-petits presque partout au Québec

par Joannie Fredette

Quand Charlotte naît, le 31 octobre dernier, au centre hospitalier de Granby, Sylvie Samson, sa mère, comprend très vite que quelque chose cloche: le bébé, qui pèse moins de deux kilos, respire difficilement et n’arrive pas à téter. Le diagnostic tombe le lendemain: Charlotte est atteinte du syndrome de Pierre Robin, une maladie rare qui ne touche qu’un enfant sur 8500. Sa langue retroussée, son palais fissuré et son menton fuyant l’empêchent de boire et de respirer normalement. Elle doit être transférée d’urgence à l’hôpital Sainte-Justine pour y être opérée, leur annonce le médecin.

Au service de néonatalogie de l’hôpital montréalais, l’équipe de transport est déjà sur le pied de guerre: Mylène Deschênes sait que, même si Charlotte n’est pas en danger de mort, il faut agir vite. Aussitôt la fiche de santé remplie, l’infirmière attrape au vol un médecin, qui lui glisse quelques recommandations.

L’inhalothérapeute qui va accompagner Mylène l’aide à embarquer les bonbonnes, le respirateur, la couveuse et les médicaments à bord de l’ambulance. Moins de 30 minutes après l’appel du médecin de Charlotte, l’équipe file vers Granby toutes sirènes hurlantes. En arrivant, Mylène s’empresse de placer le bébé dans l’incubateur mobile et reprend rapidement le chemin de Montréal, sous l’œil attristé des parents. «Laisser son nouveau-né partir avec des inconnus, c’est comme se faire arracher le cœur», avoue Sylvie Samson. Au moins, elle sait qu’il est entre de bonnes mains.

L’équipe de transport de l’hôpital Sainte-Justine existe depuis 1998 et, chaque année, ses 12 infirmières et inhalothérapeutes rapatrient en moyenne 375 poupons dont la vie ne tient parfois qu’à un fil: grands prématurés, nouveau-nés souffrant de malformations, de détresse respiratoire ou d’une grave jaunisse, tous sont escortés jusqu’à Montréal pour recevoir des soins spécialisés. Cette équipe volante dessert une trentaine d’hôpitaux du Québec, de Mont-Laurier à Sherbrooke, en passant par La Tuque.

Manon Lalonde, doyenne de l’équipe, travaille en néonatalogie depuis 22 ans et a connu les premiers balbutiements du groupe. Le stress, les heures passées sur la route, les horaires imprévisibles, rien ne la rebute. «Je sais quand je commence, jamais quand je finis», dit-elle.

Lors du transfert d’un bébé gravement malade, Manon est rentrée chez elle avec sept heures de retard. Quand il s’agit de sauver un nouveau-né, confie-t-elle, on oublie les 12 heures de travail qu’on a dans les jambes, et la famille passe temporairement au second plan. Heureusement que son conjoint est là pour prendre la relève à la maison quand les heures de travail s’étirent. Sans lui, Manon aurait dû faire une croix sur sa vie de nomade.

Pour tenir le coup, l’infirmière se raccroche à ses petits miraculés qui ont parfois survécu à l’impossible. Comme cette petite fille dont les voies respiratoires étaient obstruées par le liquide amniotique de sa maman. L’inhalothérapeute et Manon sont intervenues à temps pour dégager les poumons du bébé, mais sa cavité pulmonaire s’est affaissée. Manon et sa collègue ont dû lutter pendant tout le transfert pour maintenir la fillette en vie et la remettre aux médecins du service, qui ont réussi à la sauver.

«Sa maman m’a souvent appelée pour me remercier, raconte l’infirmière. Elle m’avait donné des épinglettes d’ange. Pour elle, j’étais le bon Dieu.»

C’est aussi ce travail sous tension et ses gratifications qui ont convaincu Sylvie Bouchard de se joindre à l’équipe de transport en 2001. «Nous sommes les yeux du médecin, résume-t-elle. On n’a pas le droit de passer à côté de quelque chose.»

Une responsabilité si lourde à porter qu’elle se demande, après chaque transfert, si elle a fait le bon geste, la bonne évaluation. Elle se souvient d’un appel reçu pour un cas de détresse respiratoire, problème qui se résorbe normalement une fois les poumons bien ventilés. Mais cette fois-là, même intubé, l’état de santé du poupon ne cesse de se détériorer. Sylvie et son inhalothérapeute, qui suspectent un problème cardiaque, contactent immédiatement le néonatalogiste de garde à Sainte-Justine. Après avoir consulté un cardiologue, le médecin confirme leurs appréhensions. Rapidement, l’infirmière administre un médicament au nouveau-né, dont l’état se stabilise enfin. «Si nous n’avions pas agi très vite, je ne suis pas sûre que nous aurions ramené le bébé en vie», conclut l’infirmière.

Pour Sylvie Samson et son mari, l’histoire se termine bien, et quand ils ont finalement vu Charlotte, reliée à un moniteur par des fils mais en bonne santé, ils ont remercié le ciel. «Il faut faire confiance à cette équipe, a dit Alain à sa femme. Après tout, notre fille est avec la LNH des soins infirmiers.»

Le Mois des câlins de Sainte-Justine

Pour continuer à offrir aux enfants et aux mamans d’aujourd’hui et de demain un excellent service de santé, l’hôpital Sainte-Justine lance sa campagne de financement 2011. Véronique Cloutier, Julie Bélanger, Josée Boudreault, Patricia Paquin, Sonia Vachon et Pascale Wilhelmy, porte-parole de la cinquième édition du Mois des câlins de Sainte-Justine, font appel à notre générosité et invitent les Québécois et les Québécoises à organiser des collectes de fonds dans leur entourage et à faire des dons sur www.calins.ca. Vous trouverez également sur ce site d’autres moyens de financer cette belle cause… tout en vous faisant plaisir.

Pour en savoir plus sur le mois des câlins de Sainte-Justine: www.calins.ca


Publié dans : Magazine
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5 commentaires

    Je suis un peu déçue par ce bel article, car encore une fois les inhalothérapeutes sont restés dans l'ombre...Les infirmières de l'équipe de transport de l'hôpital Ste-Justine sont exceptionnelles et merveilleuses, mais les inhalos aussi le sont. Ils jouent un rôle très important auprès des nouveaux-nés en détresse, car ils sont les spécialistes des soins cardiorespiratoires. Ils travaillent en équipe avec les infirmières et ensemble ils font des miracles. Leurs rôles ne se limitent pas au transport de matériel...
    Bravo à toute l'équipe, autant infirmières qu' inhalos, vous faites vraiment du bon travail.

    Bravo , bravo et encore bravo. L'article m'a touché et sensibilisé encore plus à l'excellence de votre travail. Je travail au bureau des salaires et je travail à ce que votre paie soit juste pour que vous n'ayez pas à vous en soucier. Je travail à un service de support alors je supporte de mon mieux. Merci encore pour votre travail

    Ma fille est inhalothérapeute en néonatalogie à Ste-Justine. Elle fait aussi partie de l'équipe d’anges gardiens au sujet de laquelle vous avez rédigé un article. Fort intéressant cet article sur l'équipe de transport d'urgence, dont le travail exceptionnel est assez mal connu. Bravo! Un point toutefois: la manière dont l'auteure réfère aux inhalothérapeutes. Pas de nom, pas de photo, pas de rôle prépondérant dans le ''secours aux p'tits poux''. Non, on parle plutôt de l’infirmière et son inhalothérapeute, qui ‘’… aide à embarquer les bonbonnes’’, comme si les inhalothérapeutes n’avaien pas, elles aussi , trois d’années d’études et n’avaient pas, elles aussi, pour rôle de poser un diagnostic et de prodiguer les soins requis par l’état de santé d’un poupon. Et oui, en prime : même stress, mêmes longues heures de travail et même retard à rentrer chez soi. Comme c'est mal connaître leur profession, leur travail et leur formation. Je connais Manon, et c'est effectivement une infirmière et une personne hors paire. Je ne suis pas surprise, à entendre ma fille, les membres de l'équipe, infirmières comme inhalothérapeutes, sont des personnes exceptionnelles. Mais je sais aussi que Manon, comme les autres infirmières vous diraient, si ce n’est déjà fait, que les compétences des inhalo lors de ces transferts sont tout aussi cruciales que celles des infirmières. Par simple équité, il faut savoir donner à César ce qui appartient à César. N'est-il pas enfin temps qu'on parle de leur dévouement et de leurs compétences avec autant de respect et de reconnaissance? Il s'agit d'un travail d'équipe où les inhalothérapeutes jouent un rôle tout aussi important que les infirmières. Malheureusement, c’est un fait méconnu. Dommage que votre article perpétue cette vision, vous aviez pourtant l’occasion rêvée de faire connaître mieux... Pour ma part, j’estime que, compte tenu de l'anonymat qu'on réserve au travail des inhalothérapeutes, elles sont encore plus méritoires de continuer à oeuvrer avec autant de passion et de professionnalisme. Une maman fière de sa fille et de ses collègues

    Je suis entièrement en accord avec toi Chantal. C'est vrai que les inhalos sont souvent laissé dans l'ombre. Bravo à vous les inhalos. Je suis tès fière pour l'équipe de transport de néonatalogie c'est vrai que ce sont des anges pour ses petits bouts de choux. Moi même, qui a déjà travaillée en néonatalogie et fait quelques transfert avant l'apparition de cette équipe d' infirmières de transport, je sais que c'est toute une tâche que d'aller chercher un poupon. Bravo à vous tous pour ce beau travail (infirmières et inhalos).


    Chantal Lanteigne Inf.

    Bonjour à tous et toutes, autant les lecteurs que les acteurs de la scène tragique qui nous est expliquée.

    Je parle des acteurs de cette scènes, car en tant qu'Inhalothérapeute de 35 ans d'expérience, je peux vous dire que les infirmières et les inhalos sont bien sûr, de grands acteurs mais n'oublions pas les ambulanciers qui sont également dans l'équipe de transport vers Ste-Justine. Ils nous accompagnent pour le départ vers le lieu, en arrivant ils sont là pour la prise en charge du poupon et l'installation sécuritaire de l'isolette de transport et son occupant plus que précieux, dans l'ambulance. . Précieux..., autant pour les parents que pour l'équipe d'Anges Gardiens qui sont l`spécialement pour le sauver. Puis le départ sonne. ''SVP M l'ambulancier, faites vite mais sécuritairement. Il ne  faut pas trop que ça brasse.''

    L'équipe auprès du petit patient, est en place. Une personne à la tête de l'isolette, souvent place pour l'inhalothérapeute, et on roule de reculons. Vive les transports de reculons, il ne faut pas avoir le coeur trop sensible! Il faut garder notre vigilance tout au long du retour car ces poupons tournent vite au vinaigre parfois et nous devons évaluer la respiration et le confort cardio-respiratoire tout le temps en roulant.Un bébé intubé et sur respirateur, avec un si petit tube que la moitié de la moitié de votre petit doigt, peux s'extuber en roulant sur nos nids de poule!. Les autres intervenants, souvent l'infirmière et l'ambulancier sont assis sur le banc de côté. C'est pas vraiment mieux mais nous avons à regarder la route de temps à autre pour se replacer le centre d'équilibre tout en gardant un oeil avisé sur le précieux bébé et la cardioscope pour voir si son petit coeur ne devient pas en défaillance ou autre mauvaises conditions.

    Puis le moment de l'arrrivée sonne. Encore là, nous travaillons tous et toutes main dans la main pour descendre le petit bijou en détresse et arriver à bon port où une autre équipe d'Anges Gardiens prendra la relève. Et cette équipe comprend nos confrères et consoeurs, soit Infirmière et inhalothérapeute, s'y rajoute les Médecins,  Pédiatre, Intensiviste et Anesthésiste, Les techniciens en Radiologie viennent faire un Rayon-X au chevet et d'autres membres disponibles en milieu hospitalier.

    Et voilà, notre petit bijou précieux est à bon port et oups ! mon téléchasseur sonne à nouveau et nous sommes reparties pour une autre scène dans notre journée de labeur. Les Anges sont reparties pour une autre bonne action.

    Je vous en ai écrit beaucoup, mais c'est pour vous expliquer la situation et pourquoi la maman de l'inhalothérapeute, qui reflète les frustrations envers la profession de sa fille et la mienne en occurence. Je suis bien d'accord avec cette maman car depuis 1976 que je suis dans l'inhalothérapie et presque rien n'a changé depuis mes débuts, malheureusement, au niveau de la reconnaissance. Mais ce qui n'a jamais changé et qui ne changera pas de sitôt, c'est le travail multidisciplinaire ( divers disciplines qui travaille ensemble POUR le patient). Je suis dans les hôpitaux en tant que professionnelle de la santé à titre d'inhalothérapeute et j'aime mon travail malgréles alinéas du contexte mais je ne changerais rien. 

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